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« On n’est pas là pour liquider »


 

Ces dernières années, le nombre de petites et moyennes entreprises alsaciennes frappées par les liquidations judiciaires a augmenté. Contexte économique difficile, mais aussi méconnaissance des procédures alternatives, constate-t-on.

« On n’est pas là pour liquider les entreprises ! », s’exclame Astrid Lahl, en saisissant l’un des nombreux ouvrages qui encombrent son bureau. La présidente de la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Colmar feuillette fébrilement le Code du commerce pour illustrer son propos. Elle cherche plus précisément le livre VI, intitulé « Des entreprises en difficulté ».

 

 

Le premier chapitre est titré : « De la prévention, de la sauvegarde, redressement et liquidation ». Si elle présente ainsi cet éventail étoffé de procédures, entre la simple reprise de dialogue avec son (ses) créancier(s) et des mesures plus coercitives, c’est parce qu’elle a constaté, comme les autres acteurs des chambres commerciales alsaciennes, Mulhouse, Strasbourg et Saverne, que « les entreprises arrivent trop tard pour qu’on puisse mettre en place des procédures d’accompagnement. Nous rencontrons de plus en plus de dirigeants qui disent : si j’avais su, je serais venu avant », résume Astrid Lahl. « C’est une catastrophe pour le tissu économique local. »

 


Même l’entreprise familiale


 

Parce que celles qui sont plus particulièrement frappées, « depuis deux-trois ans », ce sont les petites et moyennes entreprises, avec un, deux, vingt, cinquante salariés. « Et même si les liquidations judiciaires sont majoritairement prononcées dans les trois ans qui suivent la création d’une société, l’entreprise familiale qui existe depuis deux ou trois générations n’est pas épargnée. Même si on connaît le métier, qu’on est sur le terrain », constate la présidente.

Bien sûr, selon qu’on soit implanté en bout de vallée ou au centre d’une agglomération, les causes diffèrent, mais on trouve des trames communes. On croise certes des autoentrepreneurs qui se lancent sans étude de marché préalable, mais aussi « un contexte économique difficile, un bail commercial souvent élevé et des charges fixes », constate, de son côté, la présidente de la chambre commerciale du tribunal de Mulhouse, Isabelle Mendi. « Les dossiers concernent surtout des restaurants, boulangeries, salons de coiffure ou de beauté », poursuit-elle. « Si on prononce autant de liquidations, c’est parce que, quand les entreprises arrivent devant nous, elles ont déjà un lourd passif auprès de l’URSSAF, sans perspective de redressement. »

Le message est donc simple. « Il ne faut pas attendre d’être coulé », reprend la magistrate colmarienne Astrid Lahl. « Ça peut paraître évident, mais nous savons que ce sont des situations compliquées. Nous devons faire arriver l’information aux personnes concernées parce qu’elles n’ont plus forcément la force de relever le nez du guidon. Elles sont parfois persuadées qu’elles ne sont pas arrivées au bout ; nous sommes là pour mettre en place des axes de restructuration, essayer de rééchelonner, discuter des pénalités. Et même avant d’en arriver là, les entrepreneurs qui ont aujourd’hui un doute sur leur situation peuvent prendre rendez-vous auprès d’un juge consulaire, qui est un professionnel, puisque c’est un ancien chef d’entreprise. Ce sont des entretiens strictement confidentiels. »

Et d’insister : « La compagnie consulaire est disposée à donner de l’accompagnement, de l’information pour éviter l’insolvabilité définitive. Quand on peut, parce qu’on apprend de l’URSSAF, des impôts, que les comptes ne sont pas publiés, que les capitaux sont devenus négatifs, on prend l’initiative. Mais il n’y a qu’une personne sur deux qui vient à la convocation. » Or, « quand vous êtes rattrapé par les délais, la cessation de paiement, quand vous ne payez plus les organismes, les dettes sociales, quand votre compte courant est à découvert, c’est trop tard ».

 

 

Une frustration que partagent les différents acteurs professionnels, qu’ils siègent lors des audiences de procédure collective ou qu’ils accompagnent une entreprise dans sa convalescence. Parce que l’histoire dit qu’on a vu « des comptables et des experts-comptables continuer à travailler main dans la main avec des dirigeants malgré trois mois, six mois d’impayés », note une professionnelle strasbourgeoise. Et que, généralement, « quand le redressement judiciaire arrive, que la situation est clarifiée, les salariés bossent aux côtés de leur patron, surtout s’il remonte ses manches », sourit la Colmarienne Astrid Lahl.

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